Deux mots,

Rédigé par Ludovic Lignon - - Aucun commentaire

Une auto-introduction

L’activité véritable du dessinateur, c’est le regard ; celle d’un auteur de musique, c’est une écoute — à partager.
J’écoute et je suis de fait plus regardeur que “fabriqueur”. La question du faire advient toutefois, c’est-à-dire qu’une contemplation très active m’anime. L’œuvre est un parcours borné d’expériences, d’études en nouvelles énigmes…

[Pièces d’art] L’important est la liberté d’appréhension, y compris des autres regardeurs que moi, ainsi qu’une richesse sensitive, quitte à ce qu’on ne perçoive qu’une partie de la proposition, via la contingence du moment. J’aimerais soutenir une part du génie de mon prochain. Ce n’est facile pour personne — mais rien de grave c’est de l’art. En toute conscience, mes propositions ne sont pas si faciles à voir de manière approfondie. Je réfute l’évidence, en restant le plus accessible.

Ça peut partir d’une idée pseudo-banale, l’idée n’étant pas une fin ! , frôlant parfois le connu, voire le poncif ou l’évidence, mais basculant l’attention, et donc la pièce, sur une autre approche, très attentive. Ça n’existe que par cette rencontre.

Voyons ce qui vibre, là, l’inouïe contingence. En confiance avec le corps — c’est entièrement lui qui pense. Tentons d’improbables transmissions de sensibilité — individuelle et interindividuelle — par l’engagement des ses sens au-delà des usages. La culture scientifique m’est aussi incontournable que la vie de l’art ; voilà de quoi je suis contemporain.

J’ai plus de doutes que de discours. Je doute même de l’adéquation pure d’une pièce d’art avec la perception qu’on en a.
Mes propositions se livrent comme intrigues et comme espaces d’accueils individuels. Il s’agit d’y aller par soi-même, en surmontant les analogies passives, passables... C’est relativement physique, avec des durées, pour qu’on ne commence pas dans une distance intellectuelle illusoire : l’interprétation vient après la rencontre sensible. L’art plastique dont j’hérite ne dépend d’aucun langage, sans pour autant renier les systèmes logiques. Mon faire n’est pas le produit d’un discours.

Il n’y a pas de but : on est “après la finitude”*.
L’œuvre d’art fait suite à l’origine, contrairement aux images et illustrations, contrairement au quotidien, contrairement au côté sournois de la représentation — son conservatisme.
Ce sont les limites du rendre présent qui font art ; à une distance radicale du défilé ad nauseam des images.

Ce qui inspire ultimement est aussi une grande question sans réponse : l’espace. L’espace ne nous entoure pas : c’est un événement dont on fait partie. L’intrigue des intrigues qui nous brûle : ce sont les contours de “l’inconnaissance” que nos nouvelles lumières dessinent.
Comment à ce jour appréhender cette inconnaissance par l’art, sans obscurantisme ? LL 2016

* Quentin Meillassoux Après la finitude, Seuil, 2006-2012

Notes – Art plastique

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